- Adeline-Julie Bee

- 16 janv.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 17 févr.
Je suis née dans une famille d'artistes.
Pas du genre « on aime les musées », mais du genre vraiment créatif.
Il y avait un peintre animalier, une peintre surréaliste, des architectes, un sculpteur, une décoratrice d'intérieur… et sans doute quelques autres artistes cachés derrière leurs chevalets que j'ai oublié de mentionner. Bref : la créativité n'était pas seulement encouragée, elle était incontournable.
Dès mon plus jeune âge, j'ai tout essayé.
J'ai joué du violon, j'ai dansé, fais de la poterie, j'ai peint, j'ai dessiné… Tout ce qui impliquait de manipuler et de créer avec mes mains, d'imaginer m'inspirait.

Après le lycée, mes études ont suivi le même parcours sinueux et joyeux :
D’abord la bande dessinée, puis le cinéma et la télévision comme monteuse-scripte, et enfin le design textile. Une chose est restée immuable : j’ai toujours voulu travailler de mes mains et créer. Créer est devenu mon mantra bien avant que ce soit à la mode.
Mais j’appartiens à une génération à qui l’on a dit très clairement : « Vivre de sa passion ? En tant qu’artiste ? C’est utopique. Soyons réalistes. »
Alors, après toutes ces années d’études, j’ai fait un choix raisonnable, quoique légèrement douloureux. Je suis entrée dans le monde de la télévision comme scripte, un « vrai travail », avec un vrai salaire. Logique. Sûr. Et lentement… destructeur.

Près de vingt ans plus tard, la vérité est devenue impossible à ignorer : j’étais malheureuse. Je me déconnectais peu à peu.
Cette prise de conscience a été douloureuse, surtout le sentiment que tant de temps avait passé. Mais elle m’a aussi réveillée.
Alors j’ai fait quelque chose de radical. J’ai repris mes pinceaux.
C’était en 2016.
Pendant deux ou trois ans, j’ai pratiqué en secret, sans rien montrer à personne. J'ai travaillé à l'aquarelle pendant d’innombrables heures, avec des crayons de couleur, j'ai peint des acryliques abstraites, touché un peu à la linogravure… Je reconstruisais ma relation avec l’art, en toute intimité et sincérité.


Puis vint 2020. Le monde s'est arrêté.
Et j'ai recommencé, pour de bon.
Je me suis inscrite au cours en ligne « Making Art Work - Faire de l'art une activité » d'Emily Jeffords et j'ai pris une décision : vivre de mon art. J'ai gardé un emploi à côté (la vie est ainsi faite), mais je me suis retrouvée à travailler plus qu'à créer, un paradoxe bien connu des artistes.
J'ai suivi le processus, lancé mon site web, diversifié mes sources de revenus… et puis, j'ai eu une révélation.
Durant mes études de design textile, j'avais travaillé avec des encres d'impression sur tissu et des bains de teinture à l'indigo. Alors, tout naturellement, j'ai commencé à fabriquer mes propres encres botaniques et aquarelles. Au début, uniquement pour moi et mon travail.

Puis, sur un coup de tête, j'ai répondu à un appel à candidatures pour un événement en ligne organisé par Peggy Dean.
Je n'aurais jamais imaginé être sélectionnée. Pas une seule seconde.
Et pourtant… j'y étais. Peggy a véritablement été un tournant dans ma vie créative, un moment béni, et je lui voue une immense admiration et une profonde gratitude.
Donc me voilà, artiste belge à l'accent français, qui enseigne à un public international comment réaliser des aquarelles artisanales.
Ce fut un succès.
Et j'ai adoré.
Peu après, j'ai rejoint l'équipe de design de Peggy. Une autre opportunité pour laquelle je lui serai toujours profondément reconnaissante.
Ce que j'ai peut-être omis de mentionner : j'ai enseigné et partagé mes connaissances toute ma vie, tout en continuant d'apprendre moi-même. Créer des tutoriels m'est venu naturellement. Mon expérience en montage m'a permis de trouver rapidement mes marques, et j'ai également commencé à enseigner sur Skillshare.

En 2023, une autre révélation s'est imposée : mes créations artistiques aspiraient à devenir des motifs. Décoratifs, répétitifs, vivants sur les surfaces.
En février 2024, j'ai appris à maîtriser Adobe Illustrator grâce à la formation de Bonnie Christine.
Six mois plus tard, je signais mon premier contrat de licence pour du papier peint.
Depuis, je pense quotidiennement en termes de motifs. Avec passion. Avec enthousiasme.
Aujourd'hui, je poursuis mon chemin d'artiste et de créatrice de motifs, animée par la profonde conviction d'atteindre les objectifs que je me suis fixés. Même si je continue d'exercer une activité professionnelle sur le côté.
Au fil du temps, j'ai signé un autre contrat de licence pour du papier peint.



Ce voyage m'a appris une vérité essentielle :
La créativité ne disparaît jamais, elle attend.
Elle attend patiemment le moment où vous serez prêt·e à l'écouter à nouveau, à lui faire confiance et à lui laisser de l'espace. Ce qui ressemblait, pour moi, autrefois à des détours forme désormais un chemin cohérent, tissant ensemble art, artisanat, enseignement et récit.
Aujourd'hui, je crée avec intention, curiosité et confiance, non pas pour prouver qu'il est possible de vivre de son art, mais pour vivre la vie qui m'appelait discrètement depuis toujours.
Adeline-Julie Bee











